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Ceci est une théorie économique expliquant l’origine des dettes publiques et des profits, ainsi que les principes du commerce international.

 

Nous vous conseillons de lire les chapitres un par un : vous découvrirez les règles et la logique interne qui ne sont jamais enseignées dans les écoles. Vous comprendrez pourquoi un budget ne peut pas être équilibré, qui sont ceux qui détiennent toutes ces dettes et pourquoi il en est ainsi.

 

Si vous parvenez à la fin, vous serez un futur ministre des finances tout à fait compétent, et vous n’aurez plus à vous interroger sur le pourquoi des choses. La connaissance est la clé de la liberté, et si vous assimilez ces chapitres, plus aucun politicien ne pourra vous tromper.

Bonne chance !

Le principe de base du capitalisme est le suivant : des gens talentueux créent de nouvelles entreprises et inventent de nouveaux produits. Les profits générés sur les marchés par le succès de ces produits récompensent la prise de risque et l’innovation. Par le biais des banques et des marchés de capitaux, ces profits sont réinvestis dans de nouvelles sociétés, qui vont à leur tour favoriser l’innovation et l’installation de nouvelles entreprises, et ainsi de suite. Lorsqu’elles ont de succès, les sociétés génèrent des emplois et des taxes. Dans le cas contraire, elles font faillite et laissent la place à d’autres, qui seront plus à même de satisfaire la demande des consommateurs et feront meilleur usage des capitaux et des ressources naturelles. A première vue, cette équation est irréfutable, ce système est idéal et il organise parfaitement la société humaine.

Alors, pourquoi la crise économique ? Pourquoi un krach boursier toutes les 30 et quelques années, avec des millions de personnes qui voient leurs économies partir en fumée, et des millions d’autres qui sont condamnées à une vie sans perspective d’amélioration ? Pourquoi tous ces chômeurs qui ne parviennent pas à trouver un emploi ? Des centaines de milliers de personnes n’ont plus de toit au-dessus de leur tête, des gens meurent dans la rue sans aucune assurance maladie. C’est le XXIème siècle. Nous disposons de toutes les technologies imaginables : ordinateurs, microscopes électroniques, navettes spatiales pour nous emmener dans l’espace, et pourtant nous sommes incapables d’assurer la paix sociale et la prospérité pour tous.

Le problème réside dans le système en lui-même. Du point de vue de l'individu ou de l'entreprise, on a du mal à imaginer qu'il existe un défaut caché presque impossible à voir, un code génétique qui programme la destruction du système parfait dans lequel il est inclus. Ce défaut ne se manifeste qu’à une échelle globale, et progressivement au fur et à mesure que le temps passe. Le temps permet au pathogène de parvenir à maturité jusqu’au point de rupture à partir duquel on ne peut plus nier le problème. Lorsque la maladie se déclare, il est essentiel de comprendre ses causes, ses origines, la façon dont elle se développe et se manifeste : c’est ainsi que l’on peut donner le traitement adéquat. En prenant les bonnes décisions, nous pouvons soigner notre système économique. Sinon, c’est la mort de l’économie. C’est ce qui est arrivé pendant les années 30, lors de la grande dépression. Les dirigeants et les économistes de l’époque donnaient le conseil suivant : Austérité !! Liquidons l’emploi, liquidons les stocks, liquidons les fermes. Les conséquences furent désastreuses : un effondrement total de l’économie, des millions de chômeurs, des krachs à tous les niveaux. Avons-nous appris la leçon ? Savons-nous ce qui allait si mal, quelle fut la cause d’un tel effondrement ? La situation actuelle est-elle le miroir de celle des années trente ? On dit que celui qui ne tire pas de leçons de l’histoire est condamné à la revivre.

Voyons ensemble, en dehors de tout préjugé idéologique, comment est créé le profit, comment il est accumulé et redistribué, ce qu’est le capital, et quelles sont les lois génétiques de notre système capitaliste.

 

3. Ressources additionnelles nécessaires à la création du profit

Quelles sont ces ressources additionnelles ? Nous allons les examiner en détail.

 

C’est une découverte surprenante, mais en réalité, tous les profits dégagés sont constitués uniquement des emprunts personnels, de l’utilisation de l’épargne, des transferts publics, et de l’utilisation des profits personnels et des pensions de retraite.

Avec un peu de recul, l’épargne s’avère être une source de consommation douteuse. Premièrement, son volume est limité, et deuxièmement, son existence même signifie que dans une période passée, certaines personnes n’ont pas dépensé la totalité de leur salaire, et que par conséquent le profit dégagé à cette époque a été diminué du montant exact de l’épargne. Bien que subjectivement utile, l’épargne n’est pas une source de croissance durable, puisqu’en définitive son montant est réduit à zéro. En théorie, si les gens épargnaient tout ce qu’ils gagnaient par leurs salaires et n’avaient pas d’autres revenus par des emprunts ou des transferts, le profit global serait nul pour cette année-là.

Nous avons donc ceci :

 


Tous les coûts sont en réalité des salaires transformés et des profits.

Pour dégager du profit, il faut, en plus du pouvoir d’achat distribué dans un premier temps à travers les salaires, des sources additionnelles qui permettront d’atteindre le niveau de profit attendu. A long terme et sur une échelle globale, le profit dépend donc totalement du volume des emprunts dans le système, ainsi que des transferts et de l’utilisation du profit déjà créé. Sans cela, il n’y a aurait aucun moyen de générer du profit au niveau global.

Ceci est le cœur de la théorie. Les conséquences en sont multiples.

2. Création du profit

Le profit est le but sous-jacent de la plupart des entreprises. Mais que signifie économiquement dégager du profit, et comment les succès remportés par toutes les entreprises impactent-ils notre système financier ? Pour comprendre les conséquences de ce processus, il va falloir jeter un coup d’œil à quelques règles comptables. Rien de compliqué, simplement les bases : une entreprise qui dégage du profit présente un montant de ventes supérieur à ses coûts de production. C’est facile, non ?

Ce qui constitue les ventes n’est pas important pour l’instant, cela relève de la décision de chaque chef d’entreprise.

Ce qui nous intéresse, c’est le côté des coûts. Les coûts sont constitués des salaires, du matériel, des sous-traitants et des coûts d’immobilisation du capital. C’est une vue simplifiée mais suffisante. Examinons certains coûts de plus près. Comment estimer le prix du matériel ? Les matières premières, qu’elles soient brutes ou manufacturées, sont fournies par des entreprises qui ont elles-mêmes des employés, qui ont recours aux services de leurs propres sous-traitants, qui ont besoin de matériel et qui cherchent à dégager du profit. Comment le prix du charbon est-il déterminé ? La société qui le produit doit payer ses employés, ses fournisseurs et fixer un prix plus élevé que l’ensemble de ces coûts afin de faire aussi quelques bénéfices. Le même principe est applicable aux fournisseurs de services, d’énergie, de capital. Le prix doit toujours être plus élevé que la somme des coûts, y compris les coûts d’immobilisation du capital.

Ceci peut être décrit ainsi :                                                                                                                                                                                              

Ainsi, on voit que tous les autres coûts sont en fait issus de la transformation de coûts de salaire et de profit. La notion de coûts des sous-traitants est à prendre au sens large, en incluant le matériel, les services et le capital. Les coûts du sous-traitant B sont constitués des salaires de la société B, du profit de B et des coûts de la sous-traitance par d’autres entreprises. Les coûts de C sont constitués des mêmes composants, et ainsi de suite jusqu’au bout de la pyramide.

Oui, même le prix du capital est en réalité déterminé par le coût du travail (celui de l’ensemble des employés de la banque) et par le profit (déterminé par la différence entre les taux d’intérêts servis aux clients et les coûts du capital issu de l’épargne ou du marché interbancaire).

Il en résulte au final que le profit de toute entreprise représente la différence entre les ventes d’une part, et d’autre part la somme des salaires des personnes impliquées (au sens le plus large) dans ces ventes et de la marge de profit de tous les sous-traitants.

Pour que l’entreprise A dégage du profit, il faut que ses ventes soient supérieures à ses coûts, et donc que la totalité des salaires des personnes impliquées dans la production soit inférieure aux ventes.

                                                                                                                   

Et c’est là que le bât blesse !! Si c’est bien là l’équation d’une entreprise performante, comment la production peut-elle se faire ? Comment pourrait-on vendre la production si le pouvoir d’achat de tous les employés qui y participent est inférieur au montant escompté pour les ventes ? Si on fait la somme de tous les salaires versés au cours d’un processus de production donné (non seulement les salaires directs, mais aussi les salaires de tous les sous-traitants impliqués et fournissant matériaux, services et machines), on obtiendra un total inférieur au montant des ventes prévu pour le profit prévu.

Exemple:

L’entreprise A a des employés propres qu’elle paye 100$.

Elle achète du matériel à l’entreprise B pour une valeur de 30$, et elle utilise des machines produites par l’entreprise C pour une valeur de 40$, qui sera amortie au bout de 4 ans, donc le coût est calculé sur la base du quart de 40$ : 10$ par an.

Le coût total pour A est donc : 100 + 30 + 10 = 140$

Si A veut dégager un profit de 10%, il faut qu’elle vende ce qu’elle produit pour 140 x 1,1=154$

L’entreprise B, en tant que fournisseur de matériel, doit également dégager du profit, et si l’on suppose que la marge de profit attendue doit aussi être de 10%, les salaires payés ne peuvent pas être supérieurs à 30 / 1.1 = 27$. Si B dépense davantage en salaires, elle n’atteindra pas la marge de 10% prévue.

L’entreprise C, en tant que fournisseur de machines à longue durée de vie, doit, pour dégager du profit, prendre en compte le fait que les salaires de ses employés sont à calculer en lien avec les prévisions de renouvellement des machines. Donc C ne peut pas payer ses employés plus que 10 / 1.1 = 9$ par an si la marge de profit attendue est toujours de 10 %. Dans ce contexte micro-économique, C ne vendra pas de machines jusqu’à ce que les anciennes soient complètement dépréciées et que A en ait besoin de nouvelles.

La répartition du pouvoir d’achat qui en résulte est la suivante :

DG (demande globale=pouvoir d’achat) = 100$ (A) + 27$(B) + 9$(C) = 136$

L’offre globale des produits de l’entreprise A est : OG = 154$

La différence entre DG et OG est de 18$, cette somme consiste en 14$ (profit A) + 3$ (profit B) + 1$ (profit C)

 

A va donc avoir quelques difficultés pour mener à bien sa production, puisque le pouvoir d’achat distribué à travers les salaires est tout simplement inférieur aux ventes attendues. Cet exemple simple permet de décrire le problème des profits et son effet sur la diminution du pouvoir d’achat. Plus les marges de profit sont hautes, plus la différence finale est grande entre demande et offre.

Vous me direz, à raison, que les ventes se réalisent principalement auprès de clients qui ne sont pas des employés. C’est vrai. Mais ces personnes sont employées par une entreprise ou une autre, et leur employeur est guidé par la même équation. Il veut dégager des profits. Donc logiquement, lui aussi fixe ses prix de sorte que le montant escompté pour les ventes dépasse le total des salaires directs et transformés. Donc nous pouvons transformer l’équation au niveau d’une entreprise par une équation globale, qui décrit la somme de toutes les ventes de toutes les entreprises du monde économique.

                                                            

Exemple :

Ajoutons une entreprise D supplémentaire, qui fournit un produit quelconque avec 1000$ de salaires et prévoit une marge de profit de 20%, donc des ventes de 1200$

Le pouvoir d’achat disponible réparti entre ces deux entreprises est maintenant:
1000(D) + 136(A+B+C) = 1136$

L’offre est représentée par deux lots de production évalués à 154(A) + 1200(D) = 1354$

Même si la seconde entreprise a ajouté au système un pouvoir d’achat substantiel, les clients ne pourront pas acheter la totalité de l’offre. La différence entre DG (1354) et OG (1136) se trouve là encore dans le profit : 18$(A+B+C) + 200$(D) = 1354$ - 1136$

Il se pourrait que les employés bien payés de l’entreprise D achètent toute la production de l’entreprise A, mais alors la demande restante (1136 – 136 = 1000$) serait insuffisante pour assurer les ventes de l’entreprise D, ou en tout cas pour lui assurer le moindre profit. Si tous les employés de l’arbre de production A+B+C utilisaient leurs salaires pour compléter le pouvoir d’achat des employés de D, ils pourraient acheter presque 95% (1136/1200) de la production de D en maintenant sa marge de profit, mais alors A, B et C auraient un montant de ventes nul et feraient faillite.

 

Ce résultat surprenant est frappant à plusieurs titres :

Si tout le monde n’avait comme revenu que son salaire et si les montants des ventes provenaient des salaires uniquement, il serait impossible de dégager les profits prévus puisque le pouvoir d’achat distribué sous forme de salaires par les entreprises est inférieur au montant de ventes prévu.

 

Les gens ne peuvent dépenser qu’à la hauteur de ce qu’ils obtiennent via leurs salaires et autres ressources que l’on qualifiera d’additionnelles. Etant donné que les salaires payés sont forcément inférieurs à l’ensemble des ventes, ces derniers ne peuvent pas être atteints à partir des seuls salaires. C’est mathématiquement impossible. Alors comment le système peut-il fonctionner ? (Car il fonctionne, du moins en apparence.)

3.1 Emprunts privés

Comme les salaires ne suffisent pas pour créer le profit au niveau global, les gens et les entreprises doivent emprunter. Nous ne le savons que trop bien : crédits à la consommation, cartes de crédit. Plus nous empruntons et dépensons, plus les entreprises réalisent de ventes et plus leurs profits sont élevés.

 

Le problème, c’est qu’il faut rembourser les emprunts. Si pour une année donnée davantage d’argent circule dans le système parce que des emprunts ont été transformés en ventes, il y aura moins d’argent lors des années suivantes en raison du remboursement du principal et des intérêts. Cet argent qui ne circule plus dans le système ne peut plus générer de nouvelles ventes, il retourne directement aux banques. La seule façon de le remettre en circulation serait de contracter de nouveaux prêts. Mais sans des manipulations de politique monétaire, il est impossible de maintenir ce système éternellement.

Imaginez un simple crédit immobilier sur 20 ans à 4% d’intérêt. Savez-vous combien vous allez payer d’intérêts en plus du principal ? 47 %. Prenez le même crédit sur 30 ans, le résultat est surprenant : 73% !

Le graphique suivant montre le pouvoir d’achat que perdrait le système économique si les achats n’étaient réalisés qu’à partir des prêts. La méthodologie est simple, on compare le principal avec la totalité des intérêts payés pendant la durée du crédit.

 

 

Cet argent en plus, celui qui vous sert à payer les intérêts, est le coût des opportunités perdues, il représente les ventes qui ne se feront pas parce que vous avez décidé d’acheter à crédit. Il en résulte une diminution de votre pouvoir d’achat pour les décennies à venir. Et c’est la décision que prennent chaque jour des milliers de foyers. Ainsi répétées, ces décisions génèrent aussi bien les aspects positifs de l’achat à crédit (accroissement momentané des profits) que ses aspects négatifs – dégradation certaine des ventes (profits) dans le futur. Les intérêts représentent la diminution de la quantité d’argent en circulation, qui, lorsqu’elle n’est pas compensée, sera à l’origine de l’effondrement de tout le système financier.

 

 1. Au début du cycle, il y a à la banque un capital issu des profits des années précédentes. Par profit nous entendons toutes les formes de profit : profits des entreprises, épargne des particuliers.

 2. A l’étape suivante, les ménages contractent des crédits, qui sont transformés en consommation, en ventes, et rapportent des profits aux entreprises. Ces profits sont financés par les anciens profits, qui maintenant ne sont plus à la disposition de la banque.

 3. Les nouveaux profits reviennent à la banque, l’ancien capital représente de l’argent non récupéré, qui à ce moment n’existe pas. Si les propriétaires (dépositaires) de cet argent voulaient le récupérer à ce moment-là (en même temps que les nouveaux dépositaires viennent déposer leurs nouveaux profits), cela ne serait pas possible, la banque n’aurait pas l’argent et ne le récupérerait que si les ménages remboursaient leurs crédits. C’est le premier risque intrinsèque à ce système bancaire qui génère un argent nouveau. Ce risque réside dans le fait que les dépositaires croient que leur argent est en sécurité à la banque, alors qu’en réalité cet argent n’est pas là physiquement. Si tous les dépositaires décidaient de retirer en même temps tout leur argent, n’importe quelle banque ferait faillite immédiatement en l’absence d’aide extérieure. Toutes les banques. C’est pourquoi il doit y avoir une possibilité de refinancement (interbancaire ou par une banque centrale) qui peut compenser les ressources financières momentanément manquantes, et qui reviendront dans le futur par les remboursements des crédits contractés.

 4.Vient ensuite la phase de remboursement, les ménages réduisent leur consommation courante dans des proportions égales aux versements. Les profits des entreprises diminuent en proportion, avec des ventes réduites. Les pertes du secteur privé sont égales au volume total des remboursements.

 5.Plus il y a d’argent hors du circuit, plus les ventes diminuent. Il y a de plus en plus d’argent dans les banques, parce que le pouvoir d’achat reflue à cause des intérêts. Le capital qui n’était pas couvert par les banques est à nouveau couvert (c’est le résultat des remboursements). Cela signifie que l’argent est réellement de retour dans les caisses. Les gens ne souhaitent plus emprunter, puisqu’ils ont atteint leur limite en termes de possibilité de remboursement.

6. A l’issue du remboursement de tous les crédits, l’endettement des ménages est nul, la banque a dans ses caisses la totalité des ressources financières, constituées du capital d’origine, des nouveaux profits et des intérêts payés. Toutefois, ce nouvel argent ne sort pas de nulle part. La loi de conservation de la matière fait que ce nouvel argent doit provenir de l’économie réelle, de là où sa disparition de la circulation a provoqué la diminution des ventes d’autres entreprises pour un montant exactement égal au nouveau profit plus les intérêts.

Ainsi, il y a eu un profit d’un côté, les banques ont touché leurs intérêts, mais à une échelle globale ces profits ont été compensés complètement par des pertes en différents points du système économique, pertes qui se traduisent au niveau des ventes.

 

D’après cette analyse, il est évident que les emprunts ne peuvent pas constituer une source de profits permanente et durable. Si les gens financent leurs besoins par des emprunts, cela peut provoquer (et provoquera) une augmentation des profits de certaines entreprises ; pendant la période de remboursement des intérêts, les banques généreront du profit, mais à un niveau agrégé et global, cela générera une baisse des ventes dans d’autres parties de l’économie, parce que le pouvoir d’achat des personnes sera diminué par les remboursements, qui ne serviront donc pas à de nouvelles ventes. Les intérêts sont une circonstance aggravante, par laquelle les pertes globales se trouvent multipliées et deviennent plus élevées que le profit généré par les ventes à crédit. Pas besoin d’analyse approfondie pour s’en rendre compte. Dès lors que nous contractons un crédit immobilier ou tout autre emprunt important, nos habitudes de dépense changent du tout au tout : nous réduisons nos dépenses habituelles et économisons plus pour couvrir les remboursements.

 

On pourrait objecter que les emprunts peuvent être remboursés par de nouveaux emprunts, plus importants même que les premiers. La réponse à cela est que la cruelle réalité impose à chacun un certain niveau d’endettement, déterminé par son revenu disponible diminué des dépenses vitales. Une personne qui atteint ce niveau d’endettement ne peut plus emprunter. Elle n’aurait pas les ressources nécessaires au remboursement et irait à la banqueroute.

Par conséquent, le volume des profits issus des emprunts est constant, et égal à la capacité d’endettement personnel totale multipliée par le nombre de personnes dans la société.

 

Il faut garder à l’esprit qu’une telle croissance du profit n’est que temporaire, elle est fortement cyclique et ne se substitue qu’en apparence au manque de pouvoir d’achat. Ce qui au départ génère du profit devient une source de pertes durant la période de remboursement, ces pertes étant dues aux ventes non réalisées à cause de la réduction du pouvoir d’achat par la nécessité de rembourser le capital et les intérêts.

Dans une société où il y a en circulation une certaine quantité d’argent provenant des salaires (qui sont insuffisants pour créer du profit par eux-mêmes), si nous créons du pouvoir d’achat supplémentaire par les emprunts, nous allons nous retrouver, pendant la période de remboursement, dans une situation où il n’y a pas assez d’argent dans l’économie pour rembourser tous les emprunts.

Pour faire simple, s’il y a en circulation 1 million de $, et s’il faut 1,4 millions pour rembourser l’emprunt et les intérêts, ces 0,4 millions n’existent pas. Cela se manifestera pendant la période de remboursement par certains emprunts qui ne seront pas remboursés du tout, et par des personnes ou des entreprises qui feront faillite. Le volume du capital à la banque sera alors diminué du montant des emprunts non remboursés, ce qui signifie que l’épargne des années précédents disparaîtra aussi. C’est pourquoi les profits réalisés dans le passé et déposés dans les banques sont illusoires, leur durabilité est menacée par les profits réalisés actuellement à travers les emprunts. Pendant la période de remboursement, le système entier s’effondre (il n’y a pas assez d’argent en circulation pour rembourser le principal et les intérêts) et les profits disparaissent.

A quoi servent donc les intérêts, s’ils ont des conséquences aussi négatives sur le pouvoir d’achat, et par suite sur le profit global ?

La théorie classique explique que les intérêts compensent une prise de risque. Un peu de mathématiques suffit à prouver que l’existence des intérêts à une échelle globale contribue directement à l’effondrement de l’économie dans son ensemble, et donc qu’ils ne sont pas remboursables. Il n’y a pas de ressources pour cela dans le système. Il y a eu au cours de l’histoire des exemples de nations qui considéraient les intérêts comme nuisibles et les interdisaient. Les intérêts causent un reflux du capital du système économique vers les banques, qui cherchent à toujours prêter plus. Plus elles y parviennent et plus il y a d’argent qui disparaît de la circulation, et le système entre en récession. La récession se produirait aussi si on ne remboursait que le capital, mais les intérêts l’amplifient.

Il n’est pas étonnant que la première action des banques centrales lors des récessions soit de baisser les taux d’intérêts et d’injecter massivement de l’argent dans le système, sous la forme de crédits proposés aux autres banques. Sans cela, les banques feraient vite faillite parce qu’il n’y aurait pas assez d’argent en circulation pour rembourser tous les emprunts avec les intérêts. Les dépôts ne seraient pas couverts, et les dépositaires se réveilleraient un beau matin et découvriraient qu’ils ne peuvent pas retirer leur argent.

Ainsi, les profits (dépôts) anciens et nouveaux sont couverts temporairement par les prêts des banques centrales. Est-ce un arrangement permanent ? Les banques ont-elles la possibilité de rembourser cet argent ? Pas du tout. S’il fallait rembourser ces emprunts (principal et intérêts) à la banque centrale, il faudrait qu’il y ait quelque part dans l’économie réelle de l’argent destiné à revenir dans les banques de détail. Mais il n’y en a pas, puisque c’est la raison pour laquelle les premiers emprunts n’ont pas pu être remboursés. Les banques commerciales peuvent seulement espérer parvenir à placer de nouveaux prêts, avec des taux d’intérêt encore plus élevés, qui leur permettront de rembourser petit à petit leur propre emprunt à la banque centrale. Mais ceci diminue encore la quantité d’argent dans l’économie réelle, et amplifie encore la récession. Ces nouveaux emprunts ne seront pas remboursés et le système va s’arrêter brutalement.

Les subventions faites aux banques commerciales sous la forme de prêts des banques centrales n’augmentent pas le pouvoir d’achat des personnes, elles ne font que couvrir temporairement les ressources qui font défaut aux banques commerciales. La consommation n’augmente pas, le pouvoir d’achat des ménages n’est pas reconstitué. Tout ce qu’on leur propose c’est de contracter de nouveaux emprunts. Mais pouvoir emprunter 1000$, ce n’est pas la même chose qu’une augmentation de salaire de 1000$ par mois. Pendant les périodes de récession, il y a un fort taux de chômage, une précarité de l’emploi, pas d’augmentation de salaire, donc on ne souhaite pas emprunter. Les saisies sont courantes, des gens que l’on connaît perdent leur logement parce qu’ils ne peuvent plus rembourser leurs traites. Dans ces circonstances, les consommateurs ne souhaitent pas, ou ne peuvent pas, baser leur consommation sur des emprunts, donc la roue du capitalisme s’arrête. Essayer de relancer l’économie à travers de nouveaux emprunts est donc une politique auto-destructrice, qui ne peut donner lieu qu’à une croissance non durable.

La seule et maigre possibilité de relancer l’économie avec les crédits est liée à l’inflation. Une inflation plus forte que les taux d’intérêt est le seul moyen d’injecter plus d’argent dans le système. Mais si l’inflation ne s’accompagne pas d’une augmentation égale des salaires, l’augmentation des prix aura pour seul effet une augmentation des marges de profit, ce qui aura un impact très défavorable sur le pouvoir d’achat, comme décrit ci-après. Il y a trois résultats possibles concernant l’inflation et les salaires :

Taux d’intérêt < Inflation (produits et services) > Augmentation des salaires

Les crédits injectent de l’argent dans l’économie, mais l’effet est annulé par les salaires qui ne suivent pas le rythme de l’inflation. Après un certain temps, les gens ne pourront plus acheter à crédit comme ils le faisaient auparavant, puisque leurs salaires ne seront plus suffisants pour obtenir le crédit lui-même. Cette méthode ne constitue pas une solution à long terme, elle conduit à un déclin du pouvoir d’achat.

Taux d’intérêt < Inflation (produits et services) = Augmentation des salaires

Si les salaires augmentent parallèlement à l’inflation, on pourrait dire que c’est une situation gagnant-gagnant. Les crédits injectent des ressources additionnelles dans l’économie, en même temps que l’inflation, supérieure aux taux d’intérêts, et les salaires, augmentant de même, procurent le complément nécessaire. Le problème ici, c’est que l’inflation doit être permanente, et toujours au-dessus des taux d’intérêts, ce qui est rarement le cas. Actuellement, l’inflation devrait être supérieure à 4-5% pour les crédits immobiliers, et à 8-10% pour les crédits à la consommation, donc en moyenne à 6-7% ! Ce n’est pas souhaitable, de nombreux problèmes en découleraient, comme la diminution des pensions de retraite et la dégradation du pouvoir d’achat des futurs retraités. Cela pourrait très bien annuler tous les gains en termes de pouvoir d’achat généré par l’inflation liée aux crédits. Il ne faut pas non plus oublier qu’il faudrait aussi une augmentation des salaires à la même vitesse que l’inflation. Il faudrait donc oublier toutes les pratiques actuelles de productivité au-delà des salaires, chose à laquelle de nombreux PDG ne seraient pas favorables. Mais si l’on accepte l’inflation comme seule option et que l’on veut suivre cette voie, pourquoi la compliquer en injectant d’abord de l’argent dans l’économie via les crédits (ce qui diminue le pouvoir d’achat pendant la période de remboursement), pour ensuite espérer, mettre en œuvre et entretenir l’inflation en injectant toujours plus d’argent ? Parce que si on veut « faire marcher la planche à billets », on peut tout aussi bien compléter ce qui manque au pouvoir d’achat par des stimulations monétaires, avec le gouvernement qui le redistribue aux particuliers via divers programmes (voir chapitres suivants). Une stimulation monétaire directe pourra être beaucoup plus faible (pas besoin d’être au-dessus des taux d’intérêt pour annuler les effets des emprunts), et pas besoin d’inflation ! La stimulation monétaire peut induire une inflation, mais seulement potentiellement, sans arriver nécessairement à une inflation complètement déclarée (voir le chapitre Collectionneurs ou inflationnistes). En résumé, l’augmentation du pouvoir d’achat à travers les crédits est une affaire beaucoup plus compliquée et risquée qu’il ne semble à première vue. Pour que cela fonctionne, il faut aussi que l’inflation soit coordonnée et réponde à certains paramètres, ce qui est une voie trop dangereuse et imprévisible.

Taux d’intérêt < Inflation (produits et services) < Augmentation des salaires

Cela fonctionnerait pour les crédits, mais pas pour les affaires. Les augmentations de salaires au-delà de la productivité sont un moyen à court terme d’équilibrer la répartition du PIB en cas de besoin, mais cela ne peut pas continuer éternellement, sinon le système exploserait.

La raison pour laquelle les banques ne veulent pas (ou n’ont pas besoin) de mettre en œuvre ce principe, c’est qu’il y a d’autres ressources additionnelles qui complètent significativement les manques en termes de pouvoir d’achat. Sans cela, on en verrait très vite les conséquences, comme pendant la première grande dépression des années trente. Dans la période qui a suivi, l’introduction du « new deal », le rôle plus actif de l’Etat et l’augmentation de la dette publique ont commencé à compenser le pouvoir d’achat manquant. La nécessité d’analyser les raisons du succès est ensuite devenue de moins en moins importante, et ses origines ont été considérées comme allant de soi.

 

Les transferts

Etant donné que les crédits ne représentent pas une source de pouvoir d’achat transformable en salaires et profits à cause de l’effet des intérêts qui réduisent le pouvoir d’achat jusqu’à l’effondrement total de l’économie, voyons si les transferts pourraient nous apporter quelque chose de mieux.

Avec les transferts, le pouvoir d’achat manquant est remplacé par des ressources additionnelles provenant de l’Etat, et redistribuées aux citoyens à travers des programmes variés.

Les ressources financières à partir desquelles l’Etat finance les transferts sont les suivantes :

 

La proportion des différentes parts peut être très variable et dépend de la politique macro-économique choisie par le gouvernement.

Le débat fait rage au sujet du rôle de l’Etat, de la nécessité de réduire les dépenses et d’économiser, surtout pendant les périodes de récession, où les budgets des états sont amoindris car les taxes rapportent moins. Notre théorie cherche à démontrer que les dépenses de l’Etat sont en fait absolument nécessaires, même pendant les périodes favorables, et que si de telles ressources additionnelles ne sont pas injectées dans l’économie régulièrement, le système commence à se détériorer. C’est difficile à comprendre, étant donné que l’instinct pousse tous les hommes d’affaires et même les citoyens ordinaires à épargner lorsque les choses vont mal. Mais ce qui marche en micro-économie ne s’applique pas aussi bien en macro-économie. Cette distinction est vraiment essentielle, et la capacité d’aller à l’encontre du sens commun est la clé du succès de n’importe quel état ou nation. A ce niveau supérieur, les méthodes et les stratégies mises en œuvre par les entreprises pour se concurrencer ne sont plus valables. Le rôle du gouvernement d’un pays n’est pas de surpasser ses propres entreprises, mais de leur fournir un cadre dans lequel elles peuvent prospérer. A ce stade entrent en jeu des choses comme les agrégats monétaires, et les profits ne sont plus produits grâce aux bonnes idées des entrepreneurs, mais parce que de l’argent a été ajouté dans l’économie, ce qui a permis à quelques-uns de devenir millionnaires et de conserver ces profits.